top of page

Fata morgana
Projet Dimitri Carez et Dominique Van den Bergh
Qu’il s’agisse de jardins, de fontaines bords de mer, de scènes de basse-cours ou encore d’improbable déménagement. Rien dans le travail de Dominique Van den Bergh ou celui de Dimitri Carez ne laisse indifférent. À première vue, on s’attend à voir dans le travail de Dimitri des personnages évoluer en symbiose dans le temps et le contexte qui les entoure. Et c’est finalement tout autre chose qui s’opère dans des temporalités distinctes. Comme je me plais à le dire, nous sommes à chaque fois dans une sorte de temporalité entre deux mondes. Dans ce qu’elle a peut-être de plus naturel et en pleine opposition avec ce que nous connaissons intrinsèquement du temps. Ce qu’ils nous présentent finalement est une nouvelle approche de la notion de temps. Mais peut-être plus encore. Comme un apprivoisement de l’espace dans tout ce qui devient et s’écoule. Comme un temps érodé et voué à l’éternité. Pouvons-nous dès lors encore croire que nous sommes sur la route du temps ? Et qu’arriverait-il à ceux qui s’en écarteraient ? Et de reprendre ici la pensée de Cioran, je cite : « Pourquoi me chuchoter à l’oreille de tout quitter quand je me suis déjà attaché aux apparences de la nature ». Comme un regard qui ne verrait pas et dans lequel on se verrait. Comme si chacun des instants proposés ici se détachaient du cours du temps pour nous y ramener. De l’isolement à l’élévation, en passant par l’absolu, leur travail chemine en entrainant avec lui une procession d’ombres. Comme une concession faite au temps par l’éternité. Celle-là même qui nous implore et à laquelle peut-être nous ne pouvons échapper. Et voilà donc pourquoi parmi les œuvres de ces deux artistes se dessine une ombre inquiète et plus dense qu’il n’y paraît. Une présence qui se donne et dont le frémissement choisi ou involontaire ne céderait à aucun compromis. Et voilà pourquoi tout apparaît subtilement devant nous comme un secret si terrible et dans lequel on ne peut déterminer avec certitude qui furent réellement ces êtres que nous avons connus.
Jean-Louis Van Durme 2024
Qu’il s’agisse de jardins, de fontaines bords de mer, de scènes de basse-cours ou encore d’improbable déménagement. Rien dans le travail de Dominique Van den Bergh ou celui de Dimitri Carez ne laisse indifférent. À première vue, on s’attend à voir dans le travail de Dimitri des personnages évoluer en symbiose dans le temps et le contexte qui les entoure. Et c’est finalement tout autre chose qui s’opère dans des temporalités distinctes. Comme je me plais à le dire, nous sommes à chaque fois dans une sorte de temporalité entre deux mondes. Dans ce qu’elle a peut-être de plus naturel et en pleine opposition avec ce que nous connaissons intrinsèquement du temps. Ce qu’ils nous présentent finalement est une nouvelle approche de la notion de temps. Mais peut-être plus encore. Comme un apprivoisement de l’espace dans tout ce qui devient et s’écoule. Comme un temps érodé et voué à l’éternité. Pouvons-nous dès lors encore croire que nous sommes sur la route du temps ? Et qu’arriverait-il à ceux qui s’en écarteraient ? Et de reprendre ici la pensée de Cioran, je cite : « Pourquoi me chuchoter à l’oreille de tout quitter quand je me suis déjà attaché aux apparences de la nature ». Comme un regard qui ne verrait pas et dans lequel on se verrait. Comme si chacun des instants proposés ici se détachaient du cours du temps pour nous y ramener. De l’isolement à l’élévation, en passant par l’absolu, leur travail chemine en entrainant avec lui une procession d’ombres. Comme une concession faite au temps par l’éternité. Celle-là même qui nous implore et à laquelle peut-être nous ne pouvons échapper. Et voilà donc pourquoi parmi les œuvres de ces deux artistes se dessine une ombre inquiète et plus dense qu’il n’y paraît. Une présence qui se donne et dont le frémissement choisi ou involontaire ne céderait à aucun compromis. Et voilà pourquoi tout apparaît subtilement devant nous comme un secret si terrible et dans lequel on ne peut déterminer avec certitude qui furent réellement ces êtres que nous avons connus.
Jean-Louis Van Durme 2024

Aux portes du réel
Dominique Van den Bergh
Il est peu d’œuvres plus attachantes que celles de Dominique Van den Bergh. Il en est également peu de plus déconcertantes. Leurs origines semblent remonter à l’essence même du temps. Depuis les formes diverses qu’elles ont successivement revêtues jusqu’aux traits les plus durables et les plus authentiques. Car, s’il est vrai que son œuvre est énigmatique, c’est surtout parce qu’on y ressent une présence ambivalente. En effet, il y est souvent question de départs, de retours et de ce quelque chose dont on ne sait s’il perdurera dans le temps. Tel un développement indéfini et au combien primitif d’éléments qui sont toujours en devenir. Chacun d’eux s’inscrivant dans un ensemble qui vise a former un tout cohérent. On pense tantôt à des divinités, tant soit peu qu’elles irradient l’espace aussi bien par leur présence que par ce qu’elles racontent du passé, tantôt à des âmes aux portes du réel, voire de l’absence. Un peu comme si tout apparaissait à la limite des choses. Une chose qui vient et revient nous frapper d’autant plus fort que nous l’avons tue depuis longtemps. Il y a aussi dans son travail quelque chose d’essentiel. Comme une évidence qui provient du passé. Quelque chose qui rejoint, et qui au travers du temps nous inonde de sa lumière. Comme une sorte de somnolence irisée dont nous ne pouvons sortir indemne. D’où une étrange impression d’insistance temporelle, comme un murmure qui remédierait au silence et qui conserverait à plus d’un égard les formes atmosphériques et intériorisées de voix lointaines qui requerraient implicitement notre présence. On l’aura compris, s’il fallait y voir une lumière éternelle, primordiale, une lumière qui toujours régnera, on ne pourra s’empêcher d’y voir également une vibration qui nous offre non seulement le pouvoir d’oublier, mais également celui de perdurer. Que ses œuvres soient le signal d’un départ ou non. Qu’elles arrachent un sourire au ou non au deuil. On ne peut que s’imaginer la présence qui s’élargit entre elle et les siens. Tel un havre de paix qui descend vers le repos.
Jean-Louis Van Durme 2024

Hommage
Dominique Van den Bergh

Raf Thienpont

Sofi van Saltbommel
Sofi van Saltbommel
« Seigneurs infâmes & beaux vilains »
« Seigneurs infâmes & beaux vilains »

Raf Thienpont
Mijn werk bestaat voornamelijk uit tekeningen op papier. Ik teken met pastel, potlood, houtskool, inkt, acryl- en olieverf… meestal worden meerdere technieken in één tekening gecombineerd.
Uitgaande van het aanvoelbare, het gevoelsmatige, het instinctieve en het intuïtieve onderzoek ik hoe ik het ongrijpbare kan vatten. Vanuit mijn verwondering en beleving geef ik vorm aan de energieën die ik aanvoel.
Op het moment dat ik aan het tekenen ben, voel ik me heel erg zeker van mijn bestaan, de lijn die ik vorm geef, het papier, mijn atelier, en de connectiviteit en interactie tussen dat alles in het nu. Die uitwisseling is zo krachtig en alomvattend, dat er dan niks anders bestaat. Elke lijn, elke beweging raakt aan absolute geladenheid.
Totale vrijheid. Mijn atelier is een vrijplaats waar ik kan doen en laten wat ik wil, zonder anderen, zonder grenzen, zonder oordelen. Die wereld heeft een eigen taal en interpretaties, een laboratorium waar ik mijn eigen pad kan uitstippelen. Op een pseudo-wetenschappelijke manier zoek ik naar het onthullen van waarheid door middel van herhalingen, overlappingen, netwerken, golven… resonanties van wat is of niet is.
Mijn ervaringen, bewustzijn en aanwezigheid zijn vervlochten in het werk. Tekenen wordt daarbij een fysiek doorleven en een avontuur geleefd in en door het moment. Werken kunnen metaforen zijn van beleefde emoties zoals pijn, verwondering of kwetsbaarheid, of van thema’s die me bezighouden. Tekenen is dus een onderzoek om te kijken wat er in mij gebeurt en om de link te creëren tussen tijd, zijn en expressie.
Alles heeft met elkaar te maken, als een bloedvatenstelsel, en ideeën verschijnen doorheen verschillende werken, worden gecombineerd, duiken op en verdwijnen weer. Alles communiceert met elkaar. Contrasten fluctueren, nerveus tegenover rustig, hard tegen over zacht, licht tegenover donker, zware tegenover fijne lijn, en een nooit eindigende combinatie van die elementen.
Mijn werk biedt de toeschouwer een moment van verbinding, reflectie en introspectie. Een connectie met de tijd en ruimte waar het denken niet de hoofdrol speelt.
Mon œuvre se compose principalement de dessins sur papier. Je dessine avec du pastel, du crayon, du fusain, de l'encre, de la peinture acrylique et de la peinture à l'huile... généralement, plusieurs techniques sont combinées dans un même dessin.
En partant du sensible, de l'instinctif et de l'intuitif, j'explore comment capturer l'insaisissable. À partir de mon émerveillement et de mon expérience, je donne forme aux énergies que je ressens.
Au moment où je dessine, je me sens très sûre de mon existence, de la ligne que je façonne, du papier, de mon atelier, et de la connectivité et de l'interaction entre tous ces éléments dans l'instant présent. Cet échange est tellement puissant et englobant que rien d'autre n'existe à ce moment-là. Chaque ligne, chaque mouvement touche à la charge absolue.
Une liberté totale. Mon studio est un sanctuaire où je peux faire ce que je veux, sans les autres, sans limites, sans jugements. Ce monde a son propre langage et ses propres interprétations, un laboratoire où je peux tracer mon propre chemin. D'une manière pseudo-scientifique, je cherche à révéler la vérité à travers les répétitions, les chevauchements, les réseaux, les ondes... les résonances de ce qui est ou n'est pas.
Mes expériences, ma conscience et ma présence sont entrelacées dans le travail. Dans le processus, le dessin devient une expérience physique et une aventure vécue dans et à travers l'instant. Les œuvres peuvent être des métaphores d'émotions vécues telles que la douleur, l'émerveillement ou la vulnérabilité, ou de thèmes qui me préoccupent. Le dessin est donc une exploration pour voir ce qui se passe en moi et pour créer le lien entre le temps, l'être et l'expression.
Tout est connecté, comme un système cardiovasculaire, et les idées apparaissent à travers différentes œuvres, sont combinées, font surface et disparaissent à nouveau. Les contrastes fluctuent, entre la nervosité et le calme, la dureté et la douceur, la lumière et l'obscurité, la lourdeur et la finesse des lignes, et une combinaison sans fin de ces éléments.
Mon travail offre au spectateur un moment de connexion, de réflexion et d'introspection. Une connexion avec le temps et l'espace où la pensée ne joue pas le rôle principal.
Uitgaande van het aanvoelbare, het gevoelsmatige, het instinctieve en het intuïtieve onderzoek ik hoe ik het ongrijpbare kan vatten. Vanuit mijn verwondering en beleving geef ik vorm aan de energieën die ik aanvoel.
Op het moment dat ik aan het tekenen ben, voel ik me heel erg zeker van mijn bestaan, de lijn die ik vorm geef, het papier, mijn atelier, en de connectiviteit en interactie tussen dat alles in het nu. Die uitwisseling is zo krachtig en alomvattend, dat er dan niks anders bestaat. Elke lijn, elke beweging raakt aan absolute geladenheid.
Totale vrijheid. Mijn atelier is een vrijplaats waar ik kan doen en laten wat ik wil, zonder anderen, zonder grenzen, zonder oordelen. Die wereld heeft een eigen taal en interpretaties, een laboratorium waar ik mijn eigen pad kan uitstippelen. Op een pseudo-wetenschappelijke manier zoek ik naar het onthullen van waarheid door middel van herhalingen, overlappingen, netwerken, golven… resonanties van wat is of niet is.
Mijn ervaringen, bewustzijn en aanwezigheid zijn vervlochten in het werk. Tekenen wordt daarbij een fysiek doorleven en een avontuur geleefd in en door het moment. Werken kunnen metaforen zijn van beleefde emoties zoals pijn, verwondering of kwetsbaarheid, of van thema’s die me bezighouden. Tekenen is dus een onderzoek om te kijken wat er in mij gebeurt en om de link te creëren tussen tijd, zijn en expressie.
Alles heeft met elkaar te maken, als een bloedvatenstelsel, en ideeën verschijnen doorheen verschillende werken, worden gecombineerd, duiken op en verdwijnen weer. Alles communiceert met elkaar. Contrasten fluctueren, nerveus tegenover rustig, hard tegen over zacht, licht tegenover donker, zware tegenover fijne lijn, en een nooit eindigende combinatie van die elementen.
Mijn werk biedt de toeschouwer een moment van verbinding, reflectie en introspectie. Een connectie met de tijd en ruimte waar het denken niet de hoofdrol speelt.
Mon œuvre se compose principalement de dessins sur papier. Je dessine avec du pastel, du crayon, du fusain, de l'encre, de la peinture acrylique et de la peinture à l'huile... généralement, plusieurs techniques sont combinées dans un même dessin.
En partant du sensible, de l'instinctif et de l'intuitif, j'explore comment capturer l'insaisissable. À partir de mon émerveillement et de mon expérience, je donne forme aux énergies que je ressens.
Au moment où je dessine, je me sens très sûre de mon existence, de la ligne que je façonne, du papier, de mon atelier, et de la connectivité et de l'interaction entre tous ces éléments dans l'instant présent. Cet échange est tellement puissant et englobant que rien d'autre n'existe à ce moment-là. Chaque ligne, chaque mouvement touche à la charge absolue.
Une liberté totale. Mon studio est un sanctuaire où je peux faire ce que je veux, sans les autres, sans limites, sans jugements. Ce monde a son propre langage et ses propres interprétations, un laboratoire où je peux tracer mon propre chemin. D'une manière pseudo-scientifique, je cherche à révéler la vérité à travers les répétitions, les chevauchements, les réseaux, les ondes... les résonances de ce qui est ou n'est pas.
Mes expériences, ma conscience et ma présence sont entrelacées dans le travail. Dans le processus, le dessin devient une expérience physique et une aventure vécue dans et à travers l'instant. Les œuvres peuvent être des métaphores d'émotions vécues telles que la douleur, l'émerveillement ou la vulnérabilité, ou de thèmes qui me préoccupent. Le dessin est donc une exploration pour voir ce qui se passe en moi et pour créer le lien entre le temps, l'être et l'expression.
Tout est connecté, comme un système cardiovasculaire, et les idées apparaissent à travers différentes œuvres, sont combinées, font surface et disparaissent à nouveau. Les contrastes fluctuent, entre la nervosité et le calme, la dureté et la douceur, la lumière et l'obscurité, la lourdeur et la finesse des lignes, et une combinaison sans fin de ces éléments.
Mon travail offre au spectateur un moment de connexion, de réflexion et d'introspection. Une connexion avec le temps et l'espace où la pensée ne joue pas le rôle principal.

Amélie de Beauffort
Variations Météorologiques
Tous les jours, Amélie de Beauffort tourne une page du cahier qu’elle a placé dans sa boîte aux lettres, pour que les escargots qui y vivent puissent la grignoter. Ces mollusques en raffolent – le papier leur apporte le calcium dont ils ont besoin pour renforcer leur coquille, et Amélie le choisit bien, à base de cellulose, ni encré, ni blanchi, par tendresse pour leur petit organisme. Ils ont 20,000 dents sur leur langue râpeuse, avec laquelle ils rongent un motif délicat, entre nuage et dentelle.
Cette passion pour le papier, Amélie et les escargots l’ont en commun. L’artiste part de la matière même de son support, et expérimente sans cesse de nouvelles manières de le faire parler. Depuis quelques années, elle plonge ses feuilles dans des bains d’eau et d’encre: la pesanteur, l’action des fluides couvrent le papier de traces minérales; parfois, elle troue ses feuilles avant de les mouiller, découvrant ainsi une différente poétique des gouttes; chaque geste en invite un autre, dans une danse entre l’artiste, le hasard, et les propriétés des choses.
Avec le temps, elle a développé ainsi son propre langage plastique, riche en formes organiques, qui peuvent évoquer autant une coupe microscopique qu’une cartographie aérienne. Parfois, une grille orthogonale surgit parmi les taches: un ordre géométrique, mais aussi un souvenir tangible, car cette forme-ci est également prélevée de l’environnement de l’artiste; il s’agit de son tapis de découpe, apparaissant comme si le papier troué racontait son chemin. La couleur est d’abord apparue dans son travail en utilisant la poussière de son atelier – un soupçon de rouge venu de rien, qui se révèle avec joie devant les yeux de l'artiste.
Rien de plus naturel, donc, qu’un jour Amélie ait découvert chez elle une enveloppe dévorée, et qu’elle y lise le début d’une nouvelle collaboration. Elle teste différentes conditions, observant ses petits voisins humides par le biais des pages: en hiver, ils se terrent dans leur coquille, et le cahier reste vierge, pareil pour les jours de sécheresse; dès le printemps, et particulièrement les jours de pluie, ils se réveillent, voraces, et criblent le papier de leur douce constellation. Ainsi, le cahier se remplit. Une fois l’intervention des escargots terminée, Amélie retravaille simplement la couleur de cette édition à plusieurs “mains”.
Pour cette artiste, le trou n’est pas un vide mais un pore, un point d’interaction entre son travail et l’extérieur. Quand le soleil traverse les ouvertures de Jours, le calque découpé produit un jeu d’ombres rappelant l’épais feuillage d’une canopée. Quand elle nourrit ses compagnons baveux, l’appétit des mollusques devient la trace du passage des saisons. Avec sa vidéo, le carnet, l’escargot et le trou, l’artiste suggère cette temporalité à l’œuvre: à première vue immobile, un plan fixe montre, avec patience, une minuscule coquille oscillant avec humilité et grâce sur le dessin. Dans notre environnement hyper-saturé d’images et accélérant sans cesse, les créations d’Amélie se développent avec une lenteur fraîche, comme une fenêtre percée vers le monde, pour que sa lumière nous atteigne à son propre rythme.
Tous les jours, Amélie de Beauffort tourne une page du cahier qu’elle a placé dans sa boîte aux lettres, pour que les escargots qui y vivent puissent la grignoter. Ces mollusques en raffolent – le papier leur apporte le calcium dont ils ont besoin pour renforcer leur coquille, et Amélie le choisit bien, à base de cellulose, ni encré, ni blanchi, par tendresse pour leur petit organisme. Ils ont 20,000 dents sur leur langue râpeuse, avec laquelle ils rongent un motif délicat, entre nuage et dentelle.
Cette passion pour le papier, Amélie et les escargots l’ont en commun. L’artiste part de la matière même de son support, et expérimente sans cesse de nouvelles manières de le faire parler. Depuis quelques années, elle plonge ses feuilles dans des bains d’eau et d’encre: la pesanteur, l’action des fluides couvrent le papier de traces minérales; parfois, elle troue ses feuilles avant de les mouiller, découvrant ainsi une différente poétique des gouttes; chaque geste en invite un autre, dans une danse entre l’artiste, le hasard, et les propriétés des choses.
Avec le temps, elle a développé ainsi son propre langage plastique, riche en formes organiques, qui peuvent évoquer autant une coupe microscopique qu’une cartographie aérienne. Parfois, une grille orthogonale surgit parmi les taches: un ordre géométrique, mais aussi un souvenir tangible, car cette forme-ci est également prélevée de l’environnement de l’artiste; il s’agit de son tapis de découpe, apparaissant comme si le papier troué racontait son chemin. La couleur est d’abord apparue dans son travail en utilisant la poussière de son atelier – un soupçon de rouge venu de rien, qui se révèle avec joie devant les yeux de l'artiste.
Rien de plus naturel, donc, qu’un jour Amélie ait découvert chez elle une enveloppe dévorée, et qu’elle y lise le début d’une nouvelle collaboration. Elle teste différentes conditions, observant ses petits voisins humides par le biais des pages: en hiver, ils se terrent dans leur coquille, et le cahier reste vierge, pareil pour les jours de sécheresse; dès le printemps, et particulièrement les jours de pluie, ils se réveillent, voraces, et criblent le papier de leur douce constellation. Ainsi, le cahier se remplit. Une fois l’intervention des escargots terminée, Amélie retravaille simplement la couleur de cette édition à plusieurs “mains”.
Pour cette artiste, le trou n’est pas un vide mais un pore, un point d’interaction entre son travail et l’extérieur. Quand le soleil traverse les ouvertures de Jours, le calque découpé produit un jeu d’ombres rappelant l’épais feuillage d’une canopée. Quand elle nourrit ses compagnons baveux, l’appétit des mollusques devient la trace du passage des saisons. Avec sa vidéo, le carnet, l’escargot et le trou, l’artiste suggère cette temporalité à l’œuvre: à première vue immobile, un plan fixe montre, avec patience, une minuscule coquille oscillant avec humilité et grâce sur le dessin. Dans notre environnement hyper-saturé d’images et accélérant sans cesse, les créations d’Amélie se développent avec une lenteur fraîche, comme une fenêtre percée vers le monde, pour que sa lumière nous atteigne à son propre rythme.

Ludovic Jaunatre
Il a étudié la photographie en Belgique et est diplômé de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles en 2013 ainsi que de l’école de photographie Agnès Varda à Bruxelles en 2008.
Son parcours artistique a été ponctué de succès, avec plusieurs prix artistiques remportés en Belgique, dont le Prix Hamesse, le Prix de la Fondation Horlait Dapsens, le Prix Roger De Conynck de la Fondation Roi Baudoin. Son travail a été exposé dans des lieux prestigieux en Belgique, tels que le Musée juif de Bruxelles et la Biennale de l’Image Possible de Liège, ainsi qu’au Luxembourg, notamment au Centre National des Arts Plastiques.
Ludovic Jaunatre a également eu l’honneur d’être publié dans des publications renommées, notamment dans le quotidien hollandais De Volkskrant, dans le magazine belge Bokeh, ainsi que dans le récent Fisheye webmagazine.
Depuis 2015, Ludovic poursuit sa pratique artistique en France, où il a eu l’occasion de présenter son travail à plusieurs reprises lors d’événements majeurs tels que la Nofound photo fair à Paris, la Quinzaine Photographique Nantaise et le Festival photographique Influences Allemandes à Angers.
Dans sa recherche photographique, Ludovic Jaunatre explore la nature humaine et tout ce qui la caractérise : la relation à l’autre, à son environnement familier ou naturel, à ses croyances, à ses émotions et à ses projections.
Pour Ludovic, la matière photographiée – qu’il s’agisse du minéral, du végétal, de l’organique, de l’humain ou des éléments naturels – est porteuse de mémoire, et les images qu’il capture sont des réminiscences de cette mémoire, capturant ainsi la profondeur et la complexité de l’expérience humaine.
Son parcours artistique a été ponctué de succès, avec plusieurs prix artistiques remportés en Belgique, dont le Prix Hamesse, le Prix de la Fondation Horlait Dapsens, le Prix Roger De Conynck de la Fondation Roi Baudoin. Son travail a été exposé dans des lieux prestigieux en Belgique, tels que le Musée juif de Bruxelles et la Biennale de l’Image Possible de Liège, ainsi qu’au Luxembourg, notamment au Centre National des Arts Plastiques.
Ludovic Jaunatre a également eu l’honneur d’être publié dans des publications renommées, notamment dans le quotidien hollandais De Volkskrant, dans le magazine belge Bokeh, ainsi que dans le récent Fisheye webmagazine.
Depuis 2015, Ludovic poursuit sa pratique artistique en France, où il a eu l’occasion de présenter son travail à plusieurs reprises lors d’événements majeurs tels que la Nofound photo fair à Paris, la Quinzaine Photographique Nantaise et le Festival photographique Influences Allemandes à Angers.
Dans sa recherche photographique, Ludovic Jaunatre explore la nature humaine et tout ce qui la caractérise : la relation à l’autre, à son environnement familier ou naturel, à ses croyances, à ses émotions et à ses projections.
Pour Ludovic, la matière photographiée – qu’il s’agisse du minéral, du végétal, de l’organique, de l’humain ou des éléments naturels – est porteuse de mémoire, et les images qu’il capture sont des réminiscences de cette mémoire, capturant ainsi la profondeur et la complexité de l’expérience humaine.


Performance de Marie-Elise Casado (Maria Casado),
en collaboration scénique avec Roméo Mestre
Représentation le 28 Février 2025, dans le cadre de l'exposition collective "Lueurs" à "La Part du Feu" avec le collectif " Marcel Téton"

Performance de Marie-Elise Casado (Maria Casado),
en collaboration scénique avec Roméo Mestre
Agata sort d’une longue torpeur, les
pieds encore de pierre accrochée au
volcan. Créature hybride, elle se met
en mouvement, sa chair se recompose.
Ses seins, qui lui ont été coupés,
forment son enveloppe, son armure.
Les mouvements communiquent des
symboles de son vécu, c’est un autre
langage.
Des gestes sortant de la pierre, communiquant avec le soleil.
Elle vous donne à manger son histoire,
son expérience, sa force vitale.
De l’autre côté, sa voix, sa langue,
son histoire s’inscrit au rythme des
craquements de la roche.
Dans le bruissement de la terre
grouille son histoire.
Là, dans l’instant Agata marche sur la
montagne : « le visage éclairé par le
soleil, des chèvres l’accompagnent ».
Les mains se posent sur le ventre : c’est
la digestion, la digestion du vécu.
Autour d’Agata, une communauté qui
l’a accompagnée durant cette traversée.
Des regards sont croisés, la salle est
convoquée à partager.
À la fin, Agata partage ses seins à
manger : c’est la justice qui est rendue,
le pouvoir retrouvé, elle décide du sort
de sa matérialité, et chacun·e pourra
digérer ce récit à son tour, dans son
ventre.
pieds encore de pierre accrochée au
volcan. Créature hybride, elle se met
en mouvement, sa chair se recompose.
Ses seins, qui lui ont été coupés,
forment son enveloppe, son armure.
Les mouvements communiquent des
symboles de son vécu, c’est un autre
langage.
Des gestes sortant de la pierre, communiquant avec le soleil.
Elle vous donne à manger son histoire,
son expérience, sa force vitale.
De l’autre côté, sa voix, sa langue,
son histoire s’inscrit au rythme des
craquements de la roche.
Dans le bruissement de la terre
grouille son histoire.
Là, dans l’instant Agata marche sur la
montagne : « le visage éclairé par le
soleil, des chèvres l’accompagnent ».
Les mains se posent sur le ventre : c’est
la digestion, la digestion du vécu.
Autour d’Agata, une communauté qui
l’a accompagnée durant cette traversée.
Des regards sont croisés, la salle est
convoquée à partager.
À la fin, Agata partage ses seins à
manger : c’est la justice qui est rendue,
le pouvoir retrouvé, elle décide du sort
de sa matérialité, et chacun·e pourra
digérer ce récit à son tour, dans son
ventre.

Performance de Marie-Elise Casado (Maria Casado),
en collaboration scénique avec Roméo Mestre

L ue ur s
Étoile et Poussière
Exposition Collective - Group Show Marcel Teton
Clément Suanez, Giada d’Addazio, Baptiste Guillaumin,
Benoît Chaumont, Mihaïl Pandjaridis, Léo Marybrasse,
Salomé Martin, Joseph Winckler, Brieuc Dufour, Eva Daniau, Olivia
Perce, Donald Danger, Lucia Femia, Elio Ticca, Marie-Elise (Maria Casado), Roméo Mestre, Livia Cuveillier
© Clément Suanez
Clément Suanez, Giada d’Addazio, Baptiste Guillaumin,
Benoît Chaumont, Mihaïl Pandjaridis, Léo Marybrasse,
Salomé Martin, Joseph Winckler, Brieuc Dufour, Eva Daniau, Olivia
Perce, Donald Danger, Lucia Femia, Elio Ticca, Marie-Elise (Maria Casado), Roméo Mestre, Livia Cuveillier
© Clément Suanez

Silence Sourd
Olivier Cornil

Silence Sourd
Olivier Cornil

Silence sourd
Olivier Cornil

Ma piscine n’est pas gratuite
Ignacio Galilea

Ignacio Gallilea



Seigneurs infâmes & beaux vilains
Sofi van saltbommel

OK Silent Conversation Evelyne de Behr

Surfaces sensibles
Geneviève Bachmann

Anne-Sophie Guillet
Together

bottom of page